Maurice est une île-monde.
L’histoire de l’île Maurice explique pourquoi, sur un territoire relativement petit, coexistent des héritages africains, européens, indiens et asiatiques, visibles dans la langue, le droit, la cuisine, les religions et les paysages urbains. De l’île longtemps inhabitée aux grandes phases de colonisation (hollandaise, française puis britannique), Maurice s’est construite au fil des routes maritimes, du sucre, de l’esclavage, puis de l’engagisme (travail sous contrat) — avant de devenir indépendante le 12 mars 1968. Source de synthèse (Britannica)
Ce repère historique est particulièrement utile si vous préparez une installation durable : comprendre le passé aide à lire le présent (institutions, système juridique, diversité culturelle). Pour aller plus loin côté vie pratique, vous pouvez consulter les ressources d’Expat Mauritius ou leurs guides d’expatriation.
Repères : une île stratégique dans l’océan Indien
Maurice appartient à l’archipel des Mascareignes. Longtemps inhabitée, l’île a probablement été connue de navigateurs arabes dès le Xe siècle, puis elle est visitée par les Portugais au début du XVIe siècle sans colonisation durable. Britannica – Early history
Sa position sur les routes maritimes entre l’Afrique, l’Inde et l’Asie du Sud-Est en fait un point d’appui idéal : c’est cette logique géostratégique (ports, ravitaillement, contrôle des voies commerciales) qui attire successivement les puissances européennes.
La période hollandaise (1598–1710) : prise de possession, tentatives de colonie, abandon
Les Hollandais prennent possession de l’île en 1598 et lui donnent le nom de Mauritius en l’honneur de Maurice de Nassau. Ils tentent de s’y installer à plusieurs reprises (notamment 1638–1658 puis 1664–1710), avant d’abandonner définitivement l’île en 1710. Britannica – Dutch period (1598–1710)
Cette période laisse des traces plus modestes que la période française ou britannique, mais elle marque un premier tournant : l’île entre dans l’histoire coloniale européenne, avec une logique d’exploitation des ressources et de positionnement maritime.
La période française : l’Île de France (1721/1715–1810), Port-Louis et l’économie sucrière
De la Compagnie des Indes à l’administration royale
En 1721, la Compagnie française des Indes orientales occupe l’île, rebaptisée Île de France. La colonie se développe progressivement, puis l’administration passe à la Couronne française en 1767. Britannica – occupation française et 1767
Port-Louis : un port au cœur de la stratégie française
Le développement de Port-Louis s’inscrit dans cette vocation maritime : la capitale, fondée et structurée au XVIIIe siècle, devient un point de ravitaillement et un centre administratif majeur dans l’océan Indien. Britannica – Port Louis fondée au XVIIIe siècle
Sucre et esclavage : une prospérité bâtie sur la contrainte
Les autorités françaises importent des personnes réduites en esclavage depuis l’Afrique et l’océan Indien. Le sucre devient l’activité dominante et la colonie prospère. Britannica – esclavage et sucre
Cette phase est essentielle dans l’histoire de l’île Maurice : elle construit une société de plantation, une hiérarchie sociale, et des formes de créolisation (langue, pratiques culturelles) qui marquent durablement l’identité mauricienne.
1810–1814 : conquête britannique et continuité culturelle
Au début du XIXe siècle, alors que la France et l’Angleterre sont en guerre, l’Île de France sert de base à des corsaires menaçant le commerce britannique. Les Britanniques prennent l’île en 1810, et la souveraineté britannique est confirmée par le traité de Paris (1814). Britannica – 1810 et 1814
Particularité majeure : malgré la domination britannique, Maurice conserve largement les coutumes, les lois et la langue française, un héritage toujours perceptible aujourd’hui (droit civil, toponymie, usage du français et du créole). Britannica – continuité des lois et de la langue
1835 : abolition de l’esclavage, “apprentissage” et mémoire (Le Morne)
Une abolition tardive à Maurice : 1er février 1835
À Maurice, l’abolition de l’esclavage devient effective le 1er février 1835, avec la mise en place d’un système dit d’apprentissage (apprenticeship), qui se prolonge jusqu’en 1839. Cambridge Core (PDF) – dates 1/02/1835 et 1839
Le sujet reste documenté et sensible : l’UNESCO recense, dans un ensemble d’archives mauriciennes, des sources sur la traite, l’esclavage, le marronnage, l’abolition et l’après-abolition (1721–1892). UNESCO – Memory of the World (archives de l’esclavage)
Compensations : l’argent pour les propriétaires, pas pour les victimes
Le Royaume-Uni met en place des compensations financières pour les propriétaires d’esclaves. Un débat parlementaire britannique de 1835 indique qu’une enveloppe d’environ 2,1 millions de livres est allouée à Maurice. Hansard (Parlement UK) – compensation et montant pour Maurice
Des travaux de synthèse sur Maurice évoquent des ordres de grandeur d’environ 66 000 personnes concernées et des montants totaux proches de ces allocations. Le Mauricien – commission et estimations (contexte et chiffres)
Le Morne : symbole du marronnage et de la résistance
Le Morne Brabant est l’un des lieux de mémoire les plus puissants de l’île : la montagne a servi de refuge à des esclaves en fuite (marrons) au XVIIIe et au début du XIXe siècle. Inscrit au patrimoine mondial, Le Morne est devenu un symbole de la lutte pour la liberté. UNESCO – Le Morne Cultural Landscape
1834–1920 : l’engagisme et la transformation démographique (Aapravasi Ghat)
Pourquoi l’engagisme ?
Après l’abolition, les autorités britanniques cherchent à maintenir l’économie de plantation (notamment la production sucrière) en recrutant une main-d’œuvre sous contrat. Cette période structure profondément la société mauricienne moderne. Britannica – remplacement par des engagés
Aapravasi Ghat : le point d’entrée d’une migration majeure
Maurice est choisie comme terrain d’un “grand experiment” britannique : l’immigration de travailleurs sous contrat. Selon l’UNESCO, entre 1834 et 1920, près d’un demi-million de travailleurs engagés arrivent d’Inde via l’Aapravasi Ghat à Port-Louis. UNESCO – Aapravasi Ghat
Un repère souvent cité : le 2 novembre 1834, un premier groupe de 36 travailleurs engagés arrive, marquant le début de ce système à grande échelle. Britannica – Aapravasi Ghat (2/11/1834, 36 personnes)
Des crises sociales à l’autonomie : la route vers 1968
Au XXe siècle, l’économie sucrière demeure centrale, mais elle est ponctuée de crises, de tensions sociales et de demandes de réformes. Britannica mentionne notamment des troubles du travail en 1937 et des réformes économiques et politiques après 1945, qui ouvrent la voie à l’indépendance. Britannica – 1937 et réformes après 1945
Finalement, Maurice devient un État indépendant au sein du Commonwealth le 12 mars 1968. Britannica – Independence (12/03/1968)
Chronologie synthétique de l’histoire de l’île Maurice
| Période / date | Puissance / événement | Ce que ça change concrètement |
|---|---|---|
| Xe siècle (probable) | Connaissance par des navigateurs arabes | Premiers repères cartographiques et maritimes évoqués par des sources historiques |
| Début XVIe siècle | Visites portugaises | Pas de colonisation durable |
| 1598–1710 | Période hollandaise | Nom “Mauritius”, tentatives de colonie, puis abandon |
| 1721 puis 1767 | Île de France française (Compagnie puis Couronne) | Port, administration, sucre, importation d’esclaves |
| 1810–1814 | Conquête britannique, confirmation par traité | Changement de souveraineté, continuité des lois et de la langue françaises |
| 1er février 1835 | Abolition de l’esclavage à Maurice | Mise en place de l’“apprentissage” jusqu’en 1839 |
| 1834–1920 | Engagisme (Aapravasi Ghat) | Arrivée d’environ un demi-million de travailleurs sous contrat (selon l’UNESCO) |
| 12 mars 1968 | Indépendance | Naissance de l’État mauricien indépendant |
Ce que l’histoire explique encore aujourd’hui
L’histoire de l’île Maurice n’est pas qu’un récit : elle éclaire des réalités quotidiennes très concrètes.
- Langues et culture : héritage français (droit, toponymie) et pluralité linguistique issue des migrations.
- Patrimoine et mémoire : Aapravasi Ghat (engagisme) et Le Morne (marronnage) structurent la mémoire nationale. UNESCO – Aapravasi Ghat ; UNESCO – Le Morne
- Démographie contemporaine : la population actuelle résulte d’un long processus historique. À titre d’exemple, le recensement mauricien indique une population résidente d’environ 1 233 000 habitants en 2011, et 1 235 260 en 2022 (niveau global stable, vieillissement en hausse). Statistics Mauritius – Census 2011 (main results) ; Statistics Mauritius – Census 2022 (main results)
Comprendre le passé colonial, l’abolition et l’engagisme aide à saisir la diversité mauricienne : c’est un pays forgé par des circulations humaines autant que par une géographie.
FAQ – Questions fréquentes sur l’histoire de l’île Maurice
Pourquoi l’île Maurice s’appelait-elle “Île de France” ?
Le nom “Île de France” correspond à la période française. Après l’occupation par la Compagnie française des Indes orientales au XVIIIe siècle, l’île est rebaptisée ainsi et devient un point d’appui stratégique dans l’océan Indien. Cette période voit le développement de Port-Louis, la structuration administrative de la colonie et l’essor d’une économie de plantation, notamment autour du sucre. Lorsque les Britanniques prennent l’île en 1810 et que leur souveraineté est confirmée en 1814, le nom “Mauritius” est rétabli, mais une partie des héritages juridiques et linguistiques français demeure.
Quelle est la date exacte de l’abolition de l’esclavage à Maurice ?
À Maurice, l’abolition devient effective le 1er février 1835, avec la mise en place d’un système transitoire d’“apprentissage” (apprenticeship) qui prend fin en 1839. Cette chronologie est importante, car elle montre que la sortie de l’esclavage n’a pas été instantanée : dans les faits, l’organisation du travail et des dépendances économiques se recompose sur plusieurs années. Les archives et études historiques disponibles (notamment académiques) détaillent cette transition et ses impacts sociaux, en particulier sur les anciens esclaves et l’économie sucrière.
Qu’est-ce que l’Aapravasi Ghat, et pourquoi est-il central dans l’histoire mauricienne ?
L’Aapravasi Ghat, à Port-Louis, est l’ancien dépôt d’immigration par lequel ont transité de très nombreux travailleurs engagés, recrutés principalement en Inde pour remplacer la main-d’œuvre servile après l’abolition. Selon l’UNESCO, entre 1834 et 1920, près d’un demi-million de travailleurs y sont arrivés. Le site est ainsi associé à l’une des grandes migrations de travail de l’époque moderne et à la formation d’une partie majeure de la population mauricienne. C’est aussi un lieu de mémoire et un repère patrimonial inscrit au patrimoine mondial.
Le Morne est-il vraiment lié aux esclaves marrons ?
Oui. Le Morne Brabant est reconnu comme un lieu associé au marronnage, c’est-à-dire la fuite et la résistance d’esclaves. Selon l’UNESCO, la montagne a servi de refuge à des communautés de marrons au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, grâce à ses falaises isolées et difficiles d’accès. Au-delà des faits historiques, Le Morne est devenu un symbole national de la lutte pour la liberté, porté par des traditions orales et une mémoire collective. Le site est inscrit au patrimoine mondial, ce qui renforce sa visibilité et sa protection.
Et maintenant ?
Si vous envisagez de vivre à Maurice, connaître l’histoire du pays aide à mieux comprendre son cadre culturel, ses institutions et ses repères sociaux. Pour préparer votre projet (installation, démarches, choix de vie), vous pouvez explorer les services d’accompagnement d’Expat Mauritius et consulter leurs guides pratiques d’expatriation afin d’avancer de façon claire et structurée.


